Leçon de CUBE N°10 : Secteurs clés où entreprendre Première partie

Agriculture, Dépollution, Conservation de la Biodiversité

Leçon de CUBE N°10

Les domaines à transformer aujourd’hui, qui serviront à engendrer les startups de demain sont innombrables. Je vais juste essayer de décrire quelques domaines clés, en espérant que cela donnera des idées aux jeunes qui liront ces quelques lignes.

L’agriculture

Je pense qu’aujourd’hui, presque tous les jeunes savent que l’agriculture et le secteur agroalimentaire sont l’avenir de l’Afrique, voire du monde. Malheureusement ceux qui veulent en faire des activités d’entreprise voient l’argent qui est investi dans le domaine et non les « clients ». Cela fait qu’aujourd’hui les jeunes répètent tous les mêmes projets. Alors qu’il y a énormément de problèmes à régler dans le secteur agricole et donc de nouvelles entreprises et des projets innovants à lancer.

 

Il faudrait régler le problème des fertilisants : trouver des fertilisants respectueux de l’environnement. Il faudrait trouver des engrais et pesticides capables de protéger les cultures, tout en étant non nocifs pour les êtres vivants et l’environnement. Il faudrait penser à des solutions de régénération et de protection des sols arables. Il faudrait réfléchir à des systèmes de production qui augmentent le rendement sans pour autant épuiser les ressources. Des systèmes de culture dans des zones désertiques doivent être développés. Avec l’augmentation des populations urbaines, il faut développer des innovations en agriculture urbaine. Au-delà de la production végétale, il y a des challenges à relever en production animale, en nouvelles sources de protéines, en systèmes de production halieutique, vu la perte galopante des ressources en poissons des eaux sur toute la planète. L’aquaculture, la sylviculture, l’amélioration de la domestication de certaines espèces, voire des techniques de chasse, la lutte contre les nuisibles, la maîtrise de la croissance des plantes et des animaux, une meilleure utilisation des sols, l’élaboration de meilleurs substrats pour la culture hors-sol, la mécanisation et le perfectionnement des outils de production agricole, la sélection assistée, la gestion de l’eau, des prévisions météorologiques, l’influence sur le climat, la culture fourragère, la production d’énergie végétale… il y a encore moult actions à mener, en vue de l’atteinte d’une réelle autosuffisance alimentaire. Pouvoir nourrir sainement et en quantité les deux milliards d’Africains dans les années à venir, sans avoir à importer, tel est le challenge. Il faudrait donc que nos jeunes afropreneurs se tournent vers le défi basique et principal : nourrir tout le monde et bien.

Dépollution

En matière de dépollution, il y a un travail considérable à faire. Aujourd’hui la plupart des systèmes d’assainissement entraîne encore plus de déchets. Que ce soit l’air, l’eau, les sols, il y a des challenges constituant des opportunités pour les entrepreneurs africains.



Quelles seront les solutions les plus efficaces, pour ne pas générer d’autres contaminants ou d’autres effets sur l’environnement, tout en résolvant nos problèmes de pollution ? Il s’agit d’un domaine où tout est encore à faire. Les plastiques doivent être recyclés. Des systèmes de retransformation en hydrocarbures ont été formulés, mais trop complexes et trop coûteux à mettre en place dans des systèmes frileux comme les nôtres. Je crois personnellement que, petit-à-petit, nous reviendrons à l’utilisation de feuilles d’arbre ou dérivés comme contenants pour nos courses au marché ou supermarchés. Et ceci est déjà en concrétisation.

Dans mon enfance, les feuilles de bananier servaient à contenir les aliments et nos entrepreneurs doivent trouver un moyen pour rendre ces feuilles davantage pratiques. Imaginer un champ de bananiers plantain qui, en plus de fournir des fruits, ont leurs feuilles qui sont cousus ou transformer sans presque aucune utilisation de produits chimiques ou d’énergie, et servent de plats, de sacs de marché et d’autres applications. Une fois utilisés, ces plats et sacs seront dégradés en moins d’une semaine et serviront d’engrais pour les champs de bananiers. La nature ne produit pas de déchets, tout sert dans un autre système de production.

En matière de régénération des terres, la bio remédiation peut et doit être développée et adaptée aux différents écosystèmes. Je trouve toujours étonnant aujourd’hui l’armada de lois que nous avons en matière de bioéthique, alors que nos innovations dans le domaine des biotechnologies sont quasi inexistantes.

Il y a une vingtaine d’années, dans nos contrées, toutes les terres contenaient des vers de terre, ces petites bestioles qui facilitent l’aération des sols, dégradent les déchets organiques, donc une meilleure fertilisation agricole… Aujourd’hui il est rare de retourner des sols et de trouver ces petites bestioles si importantes pour les sols. Dans quelques années, les vers deviendront des objets curieux dans les livres scolaires, comme il en est plein de certaines créatures aujourd’hui disparues de nos environnements immédiats, à cause des effets de la pollution anthropique.

Des solutions sont là autour de nous, à l’instar de ces systèmes de dépollution par les marais artificiels ou naturels au Texas, les sacs et autres produits en fibres de bananiers, la dépollution des sols par certaines bactéries présentes déjà dans les sols, comme Pseudomonas pour les hydrocarbures, Enterobacter pour les pesticides, la phytoremédiation par certaines plantes… Tous ces systèmes doivent être améliorés et, en complément avec d’autres techniques et une éducation environnementale, nous aider à faire face aux problèmes liés à la pollution.

L’éducation environnementale ou en plus simple apprendre à protéger et à respecter notre environnement reste néanmoins le moyen le plus efficace pour diminuer et éliminer la pollution. Des systèmes de modélisation de la nature de nos sols, des eaux et du climat doivent être développés comme outils didactiques afin de montrer aux jeunes dès le bas âge l’impact de chacun de nos actes sur notre environnement immédiat. 

Conservation de la biodiversité

La plupart des discussions sur la conservation de la biodiversité tournent autour d’une simple question : Quel est l’intérêt de la conservation de la biodiversité animale et végétale pour l’homme ? C’est un peu réducteur et d’une myopie incroyable, mais le fait est que l’on doit répondre à cette question, pour convaincre et les entrepreneurs et les financiers et les clients de s’investir dans ce domaine.



Un exemple très simple et qui a pris une grande ampleur ces dernières années, justement parce que les humains ont vu l’impact direct que cela peut avoir, est le cas de la quasi disparition des abeilles dans plusieurs zones, à cause de la pollution. Dans plusieurs régions les abeilles disparaissent à cause de non seulement la pollution liée aux produits chimiques, mais également à cause de nos systèmes culturaux qui ne permettent plus aux abeilles d’avoir accès à des sources alimentaires diversifiées et de qualité. En clair les abeilles meurent de faim. Si les abeilles meurent, il n’y aura plus de pollinisation ou très peu, il n’y aura plus de fruits et de reproduction des plantes, l’agriculture chutera et les hommes, ainsi que les animaux disparaitront. Einstein avait dit : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». Je crois que nous trouverons une solution pour continuer l’agriculture, mais le coût serait énorme et comme toujours les plus pauvres, la majorité, seront laissés pour compte.

En matière de biodiversité végétale, domaine crucial pour certains pays africains, au-delà du domaine culturel, les végétaux sont et seront l’une des grandes sources de médicaments pour ces pays. Des programmes de cultures de plantes médicinales doivent être mis en place dans toutes les villes et villages de nos pays. La phytothérapie doit retrouver ses lettres de noblesse et revenir au cœur de nos systèmes médicinaux de manière moderne. Faire croître les plantes, les récolter, les conserver, les transformer, les formuler, les vendre… tout au long de cette chaîne, il y a des projets d’entreprise à développer.

En matière de biodiversité animale, la disparition de certaines espèces a aujourd’hui des conséquences imprévisibles sur certains écosystèmes et donc sur l’homme. Il faudrait développer des systèmes d’élevage et de réintroduction de certaines espèces de poissons. Cela permettra non seulement de comprendre la biologie des espèces pélagiques, toujours aussi difficiles à élever, tout en répondant aux besoins alimentaires, et diversifier dans le même temps nos sources protéiques. La même chose pourrait être faite au niveau des animaux terrestres. Créer des parcs animaliers, dont le financement dépendra de la chasse périodique, tout en servant de refuge. Ainsi le poids ne sera plus trop pesant sur les espèces naturelles sauvages et nous conserverons les animaux.

Il y a donc en la matière, un champ inexploité de possibilités en Afrique et des projets porteurs pourront être développés en ce sens. Il faut continuer à développer des programmes de protection des espèces animales et végétales, tout en élaborant des projets d’élevage et de réintroduction d’espèces animales et végétales, de reforestation, de parcs contrôlés couvrant des kilomètres carrés…

Urbain AMOUSSOU _ Les Afropreneurs