LES PILIERS DE L'INNOVATION

Savoir, ressources humaines, entrepreneuriat, innovation...

Leçon de CUBE N°5

LES PILIERS DE L’INNOVATION

 

Qu’est-ce qui fait que certains grands pays dans le monde, ont réussi durant des années et des années, à garder leur avance en matière d’innovations ? – c’est le cas de la Suisse et de la Suède, par exemple – nous verrons également le cas de certains pays émergents, qui ont fait de l’innovation leur ressort pour le développement – Chine, Brésil entre autres – et pour finir, ce serait bien de parler des manquements pour que l’innovation soit également un tremplin pour le développement de l’Afrique.

 

Voici présenté brièvement le classement des pays les plus innovants, suivant l’indice mondial de l’innovation 2019.

Classement mondial (10 PREMIERS)

1.   Suisse

2.   Suède

3.   Etats-Unis d’Amérique

4.   Pays-Bas

5.   Royaume-Uni

6.   Finlande

7.   Danemark

8.   Singapour

9.   Allemagne

10. Israel

Classement par région (Trios de tête)

Asie du sud et centrale

1.   Inde

2.   Kazasthan

3.   Bhutan

Europe

1.   Suisse

2.   Royaume uni

3.   Suède

Amérique Latine et caraïbes

1.   Barbade

2.   Chili

3.   Panama

Amérique du Nord

1.   USA

2.   CANADA

Asie du sud-est et Océanie

1.   SINGAPOUR

2.   HONG KONG (CHINE)

3.   REPUBLIQUE DE KOREE

Asie de l’Ouest

1.   ISRAEL

2.   CHYPRE

3.   EMIRATS ARABE UNIS

Afrique

1.   MAURICE

2.   SEYCHELLES

3.   AFRIQUE DU SUD

 

Comprendre l’innovation

Dans son acception la plus simple, innovation signifie nouveauté, faire des choses nouvelles ou faire d'une façon nouvelle ce que l'on a toujours fait.

Une définition plus précise en est : l'application de ressources et de découvertes technologiques, institutionnelles et humaines à des procédés de production débouchant sur de nouvelles pratiques, de nouveaux produits et marchés, de nouvelles institutions et organisations à l'efficacité renforcée.

Le système d’innovation est fondé, comme l’a si bien dit Bernadette Biatour et al sur six piliers interdépendants :

1.   le pilier développement des connaissances qui capte la capacité de la Région à mobilier des ressources en faveur de la recherche et de l’innovation,

2. le pilier ressources humaines qui couvre les structures d’enseignement et de formation ainsi que l’offre de personnel qualifié,

3. le pilier capacité de valorisation qui reflète la capacité à protéger le résultat de recherche et à lui donner une finalité économique ou sociale,

4. le pilier capacité d’absorption de l’innovation qui englobe les capacités de diffusion, d’intégration et d’utilisation du progrès,

5. le pilier entrepreneuriat qui comprend la capacité de lancer ou de développer des activités nouvelles et

6. le pilier financement qui reflète les possibilités d’accéder au capital afin de mettre en œuvre des projets innovants.

Essayons maintenant d’analyser certains des pays de notre classement de début, en nous basant sur ce système.

 

LA SUISSE

Déjà dans le classement de 2014, la Suisse a été classée première mondiale dans l’innovation. Dans Le système suisse d’innovation en comparaison internationale Elisabeth Pastor Cardinet, montre que la Suisse a plusieurs points forts qui font qu’elle dépasse les autres :

« Pris séparément, les indicateurs d’inputs montrent que les entreprises suisses sont parmi les plus innovatrices d’Europe : ce sont elles qui consacrent la plus grande part de leur chiffre d’affaires à l’innovation (3,5%). C’est en Suisse également que le pourcentage de petites et moyennes entreprises innovatrices (54,8%) est le plus élevé.

En termes de propriété intellectuelle (outputs), la Suisse se situe là aussi dans le peloton de tête. Elle prend même la première place si l’on considère uniquement le nombre de brevets déposés à l’Office européen des brevets (460 brevets par million d’habitants). »

En clair on peut dire qu’elle respecte vraiment bien les piliers 3, 5 et 6.

« La Suisse obtient de moins bons résultats dans les indicateurs relatifs aux moteurs de l’innovation (formation), à la création de connaissances (R-D et collaborations entre les secteurs) et aux applications (emplois, exportations). »

En d’autres termes, la Suisse est moins bonne élève au niveau des piliers 1, 2, et 4. Cela n’empêche qu’elle est classée première en matière d’innovation depuis des années.

LA SUEDE

La Commission européenne classe la Suède au premier rang de l’innovation parmi les pays membres de l’UE. Cette avance s’explique entre autres par un esprit d’invention qui tient de la tradition historique, l’attachement à une société égalitaire et une forte croyance en l’individu. L’étroite collaboration entre les instituts de recherche, les entreprises et le secteur public est un autre facteur clé qui a été à l’origine de multinationales suédoises comme AstraZeneca, Ericsson et Volvo.

L’innovation est intimement liée à la recherche-développement. La Suède est un des trois pays d’Europe qui investissent le plus dans ce domaine, avec des dépenses de R&D de 3,6 pour cent du PIB déjà en 2009. Sachant que l’objectif pour l’ensemble de l’UE est de 3 pour cent du PIB d’ici à 2020, il est clair que la Suède est de loin en tête.

Pour ce qui est du nombre d’ingénieurs qualifiés par habitant, elle arrivait deuxième, talonnant de peu le Japon. L’étude note aussi que ces quinze dernières années, la Suède a été en deuxième place pour le taux de croissance du nombre de brevets par habitant.

La Suède a des atouts tant en termes de résultats que de moyens mis en œuvre. Et elle est jugée avoir une bonne base de ressources, avec un climat politique stable et un enseignement approprié et de grande qualité. Il existe en Suède un vaste réseau d’organisations et d’entreprises publiques et privées coopérant avec les universités. L’intention est de développer de nouveaux produits, services et procédés susceptibles d’apporter à long terme une contribution à une croissance durable.

En clair, et pour revenir à notre étalon simple, basé sur les 6 piliers de l’innovation, la Suède parait être l’élève parfaite– elle semble respecter tous les 6 piliers et même va au-delà.

 

CAS DE LA CHINE :

Suivant l’OCDE :

« La Chine est parvenue à mobiliser des ressources, à une vitesse et à une échelle exceptionnelles, pour les consacrer à la science et à la technologie : les dépenses de R-D ont progressé au rythme annuel étonnant de 19 % environ depuis 1995. La production issue de la R-D a également progressé à un rythme très rapide. Ainsi, la part de la Chine dans les publications scientifiques internationales est passée de 2 à 6.5 % sur les 10 années arrêtées en 2004 et la Chine se situe déjà en deuxième position, derrière les États-Unis, en termes de publications internationales sur les nanotechnologies.

Parallèlement et plus récemment encore, une première vague d’entreprises chinoises innovantes ont réussi à faire connaître leur marque à l’étranger et à s’implanter au-delà des frontières, parfois en vue d’exploiter les réservoirs de connaissances étrangers par le biais de fusions-acquisitions et la création de centres de R-D à l’étranger.

La Chine est aujourd’hui l’une des grandes puissances économiques du monde, si ce n’est ‘la’ puissance économique et elle n’a pas encore fini de faire parler d’elle. Cette croissance fulgurante est due, comme dans la plupart des pays du BRICS, à l’adoption d’une politique claire en matière d’innovation.

Ainsi les priorités des autorités chinoises, clairement définies, sont :

-       Améliorer les performances et les capacités d’innovation des entreprises chinoises, en vue notamment de renforcer leur capacité d’absorption.

-       Mettre en place des institutions et des mécanismes modernes pour le pilotage et le financement des instituts de recherche publics, dont le rôle dans la production des connaissances doit être renforcé pour soutenir l’innovation.

-       Augmenter les synergies entre les zones à la pointe de l’innovation et les externalités au-delà des frontières des parcs technologiques, tout en renforçant les interactions entre les différents acteurs du système d’innovation, notamment entre la recherche publique et le secteur privé.

-       Équilibrer le portefeuille de mesures spécifiques visant à promouvoir la science, la technologie et l’innovation. Ces politiques devront être clairement différenciées, en évitant leur prolifération excessive et leur chevauchement.

-       Assurer la croissance des ressources humaines en science et technologie en prenant les mesures nécessaires pour inverser certaines tendances, comme la baisse de la part des diplômes de science et d’ingénierie dans l’enseignement supérieur et la contraction du nombre de diplômes de premier cycle en sciences.

-       Améliorer la qualité et les performances des chercheurs en adoptant des réformes visant à augmenter le niveau de qualification et l’efficacité des équipes au sein des instituts de recherche publics.

-       Encourager l’investissement dans la formation afin d’augmenter le niveau d’investissement des entreprises dans ce domaine et de remédier aux insuffisances en matière de formation professionnelle.

Vous retrouverez aisément les 6 piliers nécessaires à l’innovation dans ce programme. Et parlant de programme, c’est également l’un des points forts de la Chine.

 

CAS DU BRESIL

Le brésil est un autre pays faisant partie des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Pour le Brésil, une chose intéressante à noter est qu’ils ont réussi à mettre en place des structures de liaison entre l’Université et le secteur privé, ce qui manque dans plusieurs pays africains notamment. Ils ont mis en place des fonds récoltés par le secteur public et les entreprises, des taxes sur le chiffre d’affaires des grandes entreprises, des taxes d’exploitation des ressources naturelles, qui sont destinés à nourrir la Recherche et développement, à consolider les liens entre les Universités et la production effective, et à assurer une meilleure diffusion des résultats de la recherche scientifique à toutes les régions du pays et réduire les disparités socio-économiques dans le pays.

 

CAS DU MAROC

Le Maroc est classé 5ème, en Afrique, après Maurice, Seychelles, Afrique du Sud et la Tunisie.

La politique en matière d’innovation du Maroc, définie dans la « Stratégie Maroc Innovation », peut être résumée comme ceci :

Ø Faire de l’innovation un facteur clé de compétitivité

Ø Faire du Maroc un pays producteur de technologies

Ø Exploiter les capacités de R&D des universités marocaines

Ø Faire du Maroc une place attractive pour les talents et les projets de R&D

Ø Diffuser une culture de l’innovation et de l’entreprenariat

 

Ce qui manque à d’autres pays sur le continent c’est pouvoir : élaborer et mettre en pratique une politique claire, écrite et connue, en matière d’innovation.

Quand une politique est bien définie, l’énergie, pour réaliser ses objectifs bien définis, est concentrée et on se donne les moyens de ses ambitions.

Et pour un peu rappeler les piliers solides sur lesquels construire un système d’innovation pour le développement, nous avons :

1.               le pilier développement des connaissances qui capte la capacité de la Région à mobilier des ressources en faveur de la recherche et de l’innovation,

2.               le pilier ressources humaines qui couvre les structures d’enseignement et de formation ainsi que l’offre de personnel qualifié,

3.               le pilier capacité de valorisation qui reflète la capacité à protéger le résultat de recherche et à lui donner une finalité économique ou sociale,

4.               le pilier capacité d’absorption de l’innovation qui englobe les capacités de diffusion, d’intégration et d’utilisation du progrès,

5.               le pilier entrepreneuriat qui comprend la capacité de lancer ou de développer des activités nouvelles

6.               le pilier financement qui reflète les possibilités d’accéder au capital afin de mettre en œuvre des projets innovants.

 

Aujourd’hui, plusieurs pays africains misent fortement sur le pilier 5, on motive les jeunes à développer leur esprit d’entrepreneuriat, à lancer des projets d’entreprise, à développer des activités génératrices de revenus. Malheureusement, un seul pilier ne suffit pas à porter cette grande maison que constitue l’« INNOVATION ET LE DEVELOPPEMENT DURABLE ».

Urbain AMOUSSOU