LES SYSTEMES EN ENTREPRENEURIAT

Créer des entreprises qui mènent à la liberté

Les systèmes

« J’essaie d’investir dans des sociétés d’une qualité telle qu’elles fonctionneraient même si un idiot les dirigeait. Car tôt ou tard cela arrive toujours. » Warren Buffet

 

« Environ 3000 ans avant J.-C., en Inde, le Roi Belkib, morose, offrit une forte récompense à quiconque lui offrirait une distraction exceptionnelle. Un certain Sissa lui proposa un nouveau Jeu - les Echecs. Belkib, enthousiaste, demanda alors à Sissa ce qu’il souhaitait en tant que prix de sa trouvaille. Sissa lui proposa de disposer 1 grain de riz sur la première case de l’échiquier, 2 sur la seconde, 4 sur la troisième, 8 sur la quatrième, 16 sur la cinquième, et ainsi de suite jusqu’à la 64ème case. Sa récompense serait le total des grains de blé ainsi répartis.

Belkib accepta d’abord avec insouciance - mais ne put honorer sa promesse. Le total des grains était en effet de 18 446 744 073 709 551 615 - soit près de 720 000 000 000 tonnes de riz (un grain de riz pesant autour de 0,04g).

Certaines variantes de la légende rapportent que Belkib - une fois la réalité de la demande bien comprise - fit décapiter Sissa pour son insolence. D’autres, moins cruelles, affirment que le Roi accepta à condition que Sissa compte au préalable les grains pour vérifier l'exactitude de leur nombre. »

Au rythme actuel de production de riz sur le plan mondial, il est estimé qu’il faudrait près de 1000 ans pour répondre à la demande de Sissa.

Chacun tirera sa leçon de cette histoire, mais l’objectif ici est de montrer qu’il est possible de créer un système qui croit exponentiellement, générant à chaque phase plus de valeur, sans plus grande exploitation, une fois de bonnes bases posées.

 

Il est possible de gagner de l’argent en créant un système qui tourne tout seul et aujourd’hui, je suis convaincu que c’est là le rôle d’un vrai entrepreneur, qui en fin de compte n’est qu’une personne en quête de liberté. Comme l’a dit l’un des plus grands créateurs de systèmes et de richesse sur cette planète : « J’essaie d’investir dans des sociétés d’une qualité telle qu’elles fonctionneraient même si un idiot les dirigeait. Car tôt ou tard cela arrive toujours ».

 

En clair, il faut arriver à un système si simple et si facile que même quand tout le monde dort et quand même personne ne poserait une action, il continuerait à tourner et à générer de la valeur. Quand je compris cela, j’ai depuis lors commencé à étudier le fonctionnement des systèmes. Et j’ai remarqué une chose assez surprenante, presque toutes les grandes entreprises et tous les hommes les plus riches sur cette planète en sont arrivés à transformer leurs idées en système et ont créé des monstres presque immortels.

 

Je ne pense pas que tout le monde arriverait à créer des structures qui leur survivraient, mais le temps de leur mise en place, chaque entrepreneur doit garder en tête que l’objectif c’est de créer un système qui s’autogère et s’auto-génère. Ne pas garder cela en tête vous fera perdre des années de ressources, du temps et de l’énergie dans une proportion inimaginable.

 

Il existe plusieurs types de personnes qui lancent des projets d’entreprise, mais très peu qui arrivent à transformer ce projet en un système viable et encore très peu sont capables de rester maître de ce système. La majorité des gens font l’erreur de croire qu’ils sont incontournables et indispensables à leur projet d’entreprise dans toutes les phases de sa vie. Il est crucial que chaque jeune entrepreneur comprenne qu’il arrivera un moment où il faudrait passer la main à quelqu’un de plus adapté à l’étape de vie de l’entreprise.

Je rencontre des jeunes qui ont des idées brillantes, mais sont incapables de concrétiser cela, ou encore des jeunes qui ont des produits et services géniaux mais ne peuvent le commercialiser, ou d’autres encore qui ont et l’idée et le produit, les ressources, le marché, mais n’arrivent pas à créer l’équipe pouvant les accompagner. Ils veulent tellement tout contrôler qu’ils échouent. Ils veulent tellement réussir par eux-mêmes que c’est un échec assuré.

 

Malgré leurs manques criards dans plusieurs domaines, les entrepreneurs débutants veulent coûte que coûte être le « PDGF » (Président Directeur Général Fondateur), à vie de leur entreprise alors qu’il leur faudrait parfois juste élaborer un système solide et se concentrer sur ce qu’ils savent faire le mieux.

 

Soyons clair, l’un des premiers conseils que je donne aux jeunes entrepreneurs, c’est d’être « omni-compétent ». En d’autres termes, ils doivent maîtriser tous les rouages de leur projet et suivre des formations pointues pour acquérir de nouvelles connaissances en marketing, communication, production, comptabilité, bref tous les domaines clés de leur entreprise. Mais ensuite, ils doivent tout faire pour trouver des personnes beaucoup plus compétentes qu’eux pour gérer ces zones clés. Eux doivent ensuite se consacrer à un travail beaucoup plus délicat : réfléchir encore et encore jusqu’à trouver le système qui marche le mieux pour leur entreprise.

 

L’exemple du foot serait sans doute beaucoup plus parlant à plusieurs. Supposons que vous voulez mettre sur pied une équipe de foot. Maintenant vous décidez, au même moment d’être vous-même l’entraîneur, de jouer sur le terrain, de vendre les tickets pour les matchs, d’organiser les tournois et cetera. C’est suicidaire. Vous aurez l’impression que vous n’avez pas le temps et qu’en plus vous tournez en rond et il n’y a pas de résultat. La majorité des entrepreneurs que je rencontre ces dernières années sont à l’image de cette personne qui veut mettre sur pied une équipe de foot, tout en étant coach, manager, soigneur, joueur…

 

Il vous faut, au-delà d’une équipe de production, des personnes beaucoup plus compétentes que vous pour exécuter. Cela prend du temps et demande beaucoup de sacrifices, mais c’est plus rentable à long terme. Si vous ne le faites pas, dans les premières années, tout le monde vous félicitera du fait que vous êtes « bon » parce qu’on vous voit courir dans tous les sens, mais dans la troisième année, vous allez commencer à baisser en régime, car le système grossit et commence à vous échapper, et comme vous n’avez préparé personne, vous ne faites confiance en personne, vous allez sombrer et tout le monde vous applaudira encore en disant « on croyait qu’il y arriverait, malheureusement il n’est pas différent des autres, mais il est à féliciter car lui au moins a essayé ».

 

Robert Kiyosaki, dans Le Quadrant du Cashflow, un livre que je recommande aux entrepreneurs, déclare qu’il y a trois types de systèmes d’affaires : les entreprises classiques pour lesquelles vous êtes amenés à développer votre propre système, les franchises, où vous achetez un système fonctionnel et le marketing relationnel, où vous rentrez dans un système existant.

 

J’ai entendu parler des franchises la première fois en 2013, lors d’un forum à Paris. J’y avais rencontré un rwandais-américain, avec une histoire terrible. Il avait fui la « guerre » pour aller s’installer aux Etats-Unis et maintenant, il faisait le chemin retour pour apporter de l’énergie et éclairer l’Afrique. Et il avait développé un projet de kiosque solaire, sous forme de franchise. Son idée était simple, il vous installe gratuitement un kiosque et dedans vous vendez l’énergie, la connexion internet et divers autres produits et vous le payez sur les ventes.

 

C’est vrai que sur le coup vous ne vous dites pas wow, jusqu’à ce que vous tombiez sur des franchises où des milliards sont en jeu : McDonald’s, 7Eleven, Subway, Starbucks, KFC…

Supposons que vous voulez vous lancer dans la production de burger, de sandwich, de frites aux poulets… il vous sera beaucoup plus facile d’attirer la clientèle si vous mettez sur votre enseigne McDonald’s ou KFC. Presque tout le monde connait ces entreprises et savent qu’ils font « normalement » de très bons burgers. Donc comment lancer sa propre entreprise, être autonome, tout en utilisant cette notoriété de McDo ou KFC ?

C’est là qu’intervient une franchise. Contre une certaine somme de départ, parfois colossale et des rémunérations annuelles, une grande marque peut vous laisser utiliser son nom, ses produits ou services, sa charte graphique, son fonctionnement et les sauces secrètes qui ont fait sa renommée. Donc vous n’avez plus à faire trop de travail. Cela ne garantit pas bien entendu la réussite, car c’est toujours votre entreprise et juridiquement indépendante de la maison mère, mais cela facilite grandement la vie. Vous « achetez » donc un système. En plus de la marque, vous êtes censés recevoir des formations avant et tout au long de l’utilisation du nom et des produits de la marque, bénéficier des partenaires du réseau, tout ceci afin de garder intact « l’aura » du franchiseur.

 

Il existe donc plusieurs avantages dans ce système. Le grand problème est que souvent il est difficile au franchisé d’être à la hauteur de « l’image de marque » de la maison mère, tout en assurant presque tout seul les risques financiers et la rentabilité de son entreprise.

 

L’idéal à mon humble avis, serait de développer un système propre, adapté à l’âge de l’entreprise, à la vision derrière et aux objectifs à atteindre. Ce n’est bien entendu pas facile et vous aurez à échouer encore et encore avant de trouver un système qui marche, mais cela en vaut la peine et c’est ce que tous les grands constructeurs d’empire financier ou de marque de renom ont dû faire : trouver un système d’affaires qui leur est propre et leur survivra.

 

Bill Gates a créé un système : il a acheté un système d’exploitation, l’a amélioré et là où se trouve son génie, il en a fait un monopole où son système est installé sur presque tous les ordinateurs du monde entier. Tout au long du processus, il a « réfléchi pour devenir riche » et non communément comme il est enseigné encore aujourd’hui « travaillé dur pour réussir ».

 

Warren Buffet a créé un système : il a très tôt compris qu’il peut utiliser l’argent des autres pour créer rapidement de la richesse, que d’attendre que lui-même ait assez d’argent avant d’investir. Il a ainsi dès la fin de ses études regroupé l’argent de ses connaissances et de sa famille et l’a utilisé pour faire des investissements qui ont été fructueux. Il a utilisé un système dans un autre système et a dépassé toutes les prévisions du système, amenant les retours sur investissement à des niveaux jamais vus.

 

Jeff Bezos a créé un système, Mark Zuckerberg, Sergey Brin, Amancio Ortega, Bernard Arnault, Jack Ma… tous sans exception ont su créer leur propre système qui fonctionne et qui continuera de fonctionner qu’ils soient à la direction de leur entreprise ou pas. Et certains aujourd’hui ne sont plus véritablement les PDG de leurs groupes. Ils n’ont plus besoin d’être là. Non parce qu’ils ont généré assez d’argent pour cela, mais parce qu’ils ont créé un système organique qui s’auto-génère et s’autogère.

 

Prenez le temps et c’est sûr que cela prend parfois énormément de temps – prenez donc le temps, de développer des systèmes. Avant même de vous lancer, pensez « système », réfléchissez à long terme et non à court terme, sinon vous demeurerez un employé, riche certes, mais un employé quand même de votre entreprise, et toute votre vie, alors que vous êtes censés devenir libres.

 

Malheureusement, je ne suis pas moi-même un modèle dans le sens où je n’ai pas encore réussi grand-chose et que presque tous les systèmes que je suis en train d’élaborer, sont à l’étape embryonnaire. Mais j’essaie encore et encore et malgré les nombreux échecs, il y a une pointe d’espoir que cela va réussir. Je n’avais pas moi non plus compris au début. Je voulais créer une entreprise et la gérer du début jusqu’à la fin, et les chutes furent terribles. Mais aujourd’hui j’ai compris, j’ai appris les leçons.

 

Il est vrai que plusieurs personnes aiment « garder le contrôle », et ont l’impression que sans eux la terre s’arrêterait de tourner mais c’est faux. La terre est dans un « système » solaire réglé comme une montre suisse. L’univers crée des systèmes, partout, un système qui tourne jusqu’à atteindre une limite. L’être humain est un système magnifique et un assemblage d’autres systèmes ingénieux. Nous devons chercher à en faire autant, car c’est la meilleure organisation qui soit.

 

Devenir entrepreneur, c’est chercher à vivre heureux et le bonheur n’est pas que travailler dur, comme on nous l’apprend à l’école. Vous avez déjà fait un premier pas en sortant de la boîte où passait la chanson : aller à l’école et trouvez un emploi stable. Maintenant il est temps de voir plus grand encore, de brûler la boîte, en construisant un système qui vous permet après un certain temps de ne plus être obligé de « travailler dur » toute votre vie, pour gagner votre pain.

 

Il est écrit que « l’homme doit gagner son pain à la sueur de son front » et pas que l’homme doit à jamais gagner son pain à la sueur de son front.

Urbain AMOUSSOU – Extraits de « Trente ans et toujours entrepreneur »