LEVEE DE FONDS_LES BASES

Les sources de financement d'une start-up

Les lignes qui vont suivre sont des extraits du Livre "Les Afropreneurs" de Urbain AMOUSSOU

les différentes sources de financement disponibles aujourd’hui pour les jeunes afropreneurs.

-       Le bootstrapping : La première forme de financement d’un projet et auquel les jeunes ne pensent pas est sûrement la vente. Très simplement l’objectif est de commencer à vendre des services ou biens en petite quantité et de réinvestir dans la startup ce qui est récolté, ainsi de suite, jusqu’à atteindre un capital assez conséquent. Des entreprises qui sont devenues célèbres à l’instar de Dell, Amazon, Apple… sont passées par là. Cela peut constituer une simple étape, ou carrément être une philosophie. Le fait de démarrer ainsi, presque à zéro a bien entendu des avantages et des inconvénients. Les avantages principaux concernent le fait que cela facilite grandement une levée de fonds plus conséquente, si après vous vous tournez vers des investisseurs classiques. Les investisseurs ont en effet plus confiance en un entrepreneur qui a démarré par ses propres moyens et a commencé à générer du chiffre d’affaires, même à petite échelle, qu’en une startup dont le promoteur croise les doigts ou attend d’avoir un financement assez robuste pour démarrer. Le bootstrapping doit donc être la première visée de tout afropreneur qui se respecte, car non seulement cela donne confiance aux investisseurs, vous donne une grande liberté de gestion, en plus de vous permettre de partir en négociation avec un « passé », une histoire et un respect certain. Le seul inconvénient tient sans doute au fait que cela prend parfois un temps assez long pour atteindre un capital conséquent, si vous êtes seul dans l’aventure entrepreneuriale.

Il y’a beaucoup d’autres avantages pratiques comme le fait que vous apprenez à mieux gérer avant l’arrivée de gros sous et ainsi le gaspillage des ressources est dès lors réduit. Dans un contexte africain assez frileux en matière de gros investissements de démarrage, le recours au bootstrapping doit être quasi systématique pour les jeunes entrepreneurs locaux.

-          Une autre option que plusieurs entrepreneurs africains ne veulent même pas envisager, est le fait de vendre leur première startup, à un prix pas toujours extraordinaire, cependant assez pour relancer une autre entreprise qui survivra. Malheureusement, plusieurs préfèrent passer des années sur un projet qui devient un véritable boulet du fait du manque de liquidités, alors qu’ils ont des propositions de rachat. Un orgueil et une attache émotionnelle à leur premier bébé les empêche ne serait-ce que de véritablement explorer cette option.

 

-       Le FFF : l’autre manière de financer le démarrage d’une activité d’entreprise dans les conditions locales est de faire appel à la Famille, les amis, les connaissances, les cotisations de groupe (crowdfunding), les subventions de différentes structures, les compétitions et tout ce qui rentre dans le Love Money et l’argent dit « gratuit ». En effet, dans la grande majorité des cas, cette forme de financement n’est pas de l’endettement. Il n’y a aucune obligation de rembourser (bien que certaines formes de crowdfunding, où le financement est élevé, rentrent dans l’endettement, voire dans l’equity ou prise de part des investisseurs dans la société).

Concernant l’argent gratuit, plusieurs structures octroient actuellement des subventions ou lancent des concours pour récompenser les jeunes entrepreneurs (The Tony Elumelu Foundation, African Entrepreneurship Award, Grand Challenges de Bill et Melinda Gates…). L’inconvénient de cette manière de financer sa startup est que les concours et l’octroi des subventions prennent parfois un temps fou pour être concrétisé, les montants ne couvrent généralement pas tous les besoins et parfois il s’agit d’aide liée, dans le sens où vous ne pouvez dépenser cet argent que pour certaines activités bien fixées dans un contrat et vous ne pouvez dévier.

 

En outre plusieurs jeunes, étant donné que le premier concours n’a pas réussi à couvrir tous ses besoins, sont obligés de se lancer dans plusieurs concours tout au long de l’année, oubliant parfois leur principale activité qui est de produire et vendre.

 

-       L’endettement : ici, il s’agit de se tourner vers une banque ou une institution de microfinance pour financer ses activités. Malheureusement, malgré un système entrepreneurial de plus en plus dynamique et des politiques en faveur de l’entrepreneuriat, les banques n’ont pas encore des structures adaptées aux startups. En effet, comme il en a été déjà fait mention dans Trente-ans et Toujours Entrepreneur, les banques ne financent que les systèmes. En d’autres termes, et cela est normal, l’endettement n’est intéressant que pour les entreprises qui fonctionnent déjà correctement et génèrent des bénéfices.

La plupart des startups étant toujours à la recherche d’un modèle d’affaires dans les cinq à dix premières années, le financement des activités par endettement a généralement pour conséquence de drainer le fond de roulement de ces projets, tout en ne finançant à cette étape que des passifs ou de faux actifs. L’entrepreneur ne génère généralement pas encore assez de bénéfices quand il commence à rembourser la dette et les intérêts sur l’emprunt et il se retrouve rapidement pris au piège.

 

L’endettement au niveau des banques n’est réellement intéressant que pour les structures qui ont déjà un modèle de flux de revenus stable. Quant aux microfinances, les garanties demandées ainsi que les intérêts sur emprunt sont trop élevés pour la plupart des jeunes entrepreneurs. Le seul intérêt de ce genre de financement est le fait que cela change la vision et la vie de l’entrepreneur, le rendant plus sérieux, comparativement aux modes de financement précédents.

 

-       Les Business Angels : Ce sont des particuliers, des entrepreneurs ayant réussi, des investisseurs privés, des personnes riches qui, pour une raison ou pour une autre, ont envie d’aider un jeune entrepreneur. Il est important d’insister sur le fait qu’un bon Business Angel est quelqu’un qui met plus en avant le fait d’aider que de gagner de l’argent. L’autre qualité d’un bon Business Angel c’est l’expérience en gestion, les réseaux et autres choses importantes qu’il apporte et parfois plus importantes que l’argent. Il est donc très important de choisir son investisseur privé, car lorsqu’il y a des problèmes et il y en a toujours, si vous avez un investisseur qui n’a en tête que son argent, qui ne comprend pas vos problèmes, vous allez échouer. Il vaut mieux donc choisir un investisseur qui a un large réseau, une connaissance de votre domaine d’activités, qui est prêt à s’impliquer, bien qu’ayant peu d’argent, que de choisir celui qui a beaucoup d’argent et rien que cela à vous offrir.

 

Il est également important de garder en tête qu’au-delà de tout, il s’agit d’un investisseur, d’un homme d’affaires et qu’en aucun cas, ce n’est du love money, même si votre Business Angel privilégie l’aventure à vivre que la recherche de gains. Il est donc important de traiter cet investisseur comme il se doit : faire des rapports périodique des activités, l’informer des changements de cap de l’entreprise, le tenir au courant des problèmes mais aussi des succès. Il s’agit d’une relation qui doit être construite sur la confiance. Une fois que la confiance est mise à mal, tout part en vrille en un rien de temps.

 

-       Le capital-risque : Il s’agit ici généralement de gros investissements. Ce sont de grandes structures (Investisseurs et Partenaires, AFRIKWITY, PARTECH Ventures…) qui gèrent des fonds s’élevant à des milliards. Ce sont des fonds qui préfèrent des projets capables d’utiliser de grosses sommes d’argent et d’en générer autant. Ils ne s’intéressent aux entrepreneurs que quand ceux-ci ont vraiment commencé à décoller. Les projets au démarrage d’activités ne sont pas vraiment dans leurs objectifs.

 

L’investissement se déroule de manière plus professionnelle, prend parfois plusieurs mois pour être conclu, avec des processus de valorisation à plusieurs étapes. Une fois que l’entreprise est valorisée, elle émet des parts libres que les investisseurs peuvent racheter et détenir ainsi des actions dans la société. L’un des inconvénients est que vous perdez une partie de votre entreprise, en matière de parts détenues, et surtout en matière de décisions dans l’entreprise. Plusieurs grands entrepreneurs (Steve Jobs, Elon Musk…) se sont vu démettre de leur fonction de directeurs de leur entreprise à la suite de deals conclus avec des fonds de capitaux risques. En effet vu les sommes investies, ces structures ne peuvent se permettre de perdre leur financement et prennent des précautions parfois drastiques pour préserver leur investissement.

 

En matière d’investissement, l’idéal est de passer de fonds propres, à l’argent gratuit, et finir par le capital (Business Angels et Capital Ventures). Il est à noter qu’aujourd’hui dans le système entrepreneurial africain, les concours d’entrepreneuriat et les subventions commencent à affluer, toutefois, nos startups ne connaîtront une véritable croissance à l’américaine ou du moins, certaines, qui sont des exceptions, ne seront des success-story que quand de vrais fonds d’investissement s’intéresseront à notre écosystème. Cela suppose qu’il faudrait des structures pour accompagner ce changement d’échelle, notamment les incubateurs, les accélérateurs, qui commencent à se former depuis trois à cinq ans. Il manque malgré tout un grand acteur qui ne permet pas actuellement une possibilité de valorisation incroyable comme cela est connu en Europe, Asie et aux Etats-Unis : les bourses de valeurs mobilières. Il existe une ou deux structures boursières en Afrique au sud du Sahara, mais elles ne s’intéressent pas ou ne sont pas structurées pour les startups. Cela n’est pas à mon humble avis un handicap, plutôt une opportunité à saisir pour les entrepreneurs. Quelles sont les structures à mettre en place pour donner envie aux investisseurs de s’intéresser aux entrepreneurs africains ? Quels sont les obstacles à la croissance des startups ou pour qu’elles puissent recevoir de gros financements et en profiter ?

A CUBE www.saeicube.com, nous avons commencé à étudier la question et bientôt avec le projet KPITAL https://www.saeicube.com/kpital , une plateforme dédiée aux startups, nous espérons mettre en relation les startups avec les investisseurs. Toutefois, il faudrait un vrai travail sur les entrepreneurs locaux. En effet, de par notre expérience à CUBE, nous avons rencontré d’un côté plusieurs entrepreneurs qui pensaient que le principal obstacle à leur décollage était l’argent, pourtant incapables de générer ne serait-ce qu’un franc de bénéfice une fois leur seed-fund reçu. Nous avons rencontré ainsi plusieurs projets qui auront du mal à dépasser ne serait-ce que l’étape des Business Angels et ont tout intérêt à se contenter de l’argent gratuit ou à faire un réel travail sur eux-mêmes. De l’autre côté, au cours de mes différents voyages, je rencontre des investisseurs qui aimeraient vraiment investir dans des projets porteurs, mais n’en trouvent pas et j’avoue qu’autour de moi, je rencontre très peu d’entrepreneurs que je pourrais recommander. Ils ont de très bons projets, mais très peu sont à même de comprendre ce que représente le fait d’avoir un investisseur à bord.

Comme je l’ai dit précédemment, il ne s’agit pas de remarques pour décourager ou mal juger, au contraire, ce sont des observations qui je l’espère permettront à d’autres afropreneurs de se consacrer au problème et d’en faire des projets intéressants et novateurs.  

Urbain AMOUSSOU _ Les afropreneurs