LE DEFI

Ambition et Persévérance en Entrepreneuriat

« L’ambition est le chemin du succès. La persévérance est le véhicule dans lequel vous y arriverez. » Bill Bradley

Plusieurs personnes, qui n’ont jamais lancé un seul petit projet d’entreprise, eux-mêmes, croient qu’être entrepreneur suit généralement le schéma : trouver une idée le premier mois, créer son entreprise et lancer un produit ou service génial dans les trois mois qui suivent, gagner un peu d’argent à la fin du premier trimestre, puis gagner beaucoup plus d’argent dans le premier semestre, trouver de nouveaux marchés dans les deux à trois premières années, diffuser sa solution partout dans le monde dans les cinq années suivantes et finalement racheter d’autres entreprises et se faire des milliards et des milliards dans les dix années qui suivront.

Malheureusement, la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe ou parfois plus simple, c'est selon. En fait contrairement à ce qui leur est vendu, la majorité des jeunes entrepreneurs passera près trois ans à cinq ans ne serait-ce que pour trouver l'idée génératrice de revenus. Plusieurs tout au long de ces années chercheront un modèle d’affaires qui marchera avec leur idée, auront à faire des tests de marché et échoueront encore et encore, sans générer un seul franc, tandis qu'ils gaspilleront des sommes levées sur des concours ou auprès de différentes structures. Le pire c'est quand il s'agit de crédit à rembourser avec intérêt et qu'après les échecs, il faudra se trouver un emploi minable pour rembourser, avant de retourner à l'entrepreneuriat encore une fois. Tout ce qui leur permettra de tenir, c’est cette aura d’entrepreneur que les autres leur confèrent et ce goût de la liberté à nul autre pareil et qui ne vous quitte plus une fois que vous avez essayé.

Au cours de ces moments difficiles, économiquement, mentalement, socialement, politiquement (vous n'aurez plus aucun pouvoir ni sur les autres, ni sur voust-mêmes) et physiquement, qui sont aussi - bizarrement - des moments de lucidité parfaite (des périodes durant lesquelles vous savez plus que tout le monde que vous ne gagnez absolument rien du tout et que toutes vos économies partent par la fenêtre) il n’y a rien d'autre qui vous fait tenir, si ce n’est votre « statut » d’entrepreneur. Et qui dit statut, dit également que vous avez eu le courage de communiquer sur votre projet, qui n’est en ce moment qu’une vision et rien d’autre que cela. Dire que les entrepreneurs communiquent trop aujourd'hui et souvent pour du vent n’est pas faux, mais dire que c’est mauvais je n'en suis pas certain, c'est ce qui fait que plusieurs continuent de persévérer. Il est difficile après un coming-out pareil de retourner se cacher sans se battre.

Je connais aujourd’hui plusieurs qui se lancent dans l’entrepreneuriat en cachette, mais le taux d’abandon chez ces derniers est plus élevé que chez ceux qui déclarent haut et fort leur ambition devant tout le monde. Une fois que la terre et le ciel a appris que tu veuilles devenir entrepreneur, il devient difficile déormais de se cacher. C'est comme un défi lancé au monde entier et l'univers entier, et malgré les coups et recoups de l'univers vous tenez car pour une fois, ne serait-ce qu'un court instant, vous avez senti l'odeur de la liberté.

Ceux qui parlent de l’extérieur du système, qui n’ont jamais entrepris quoi que ce soit, ni investi un petit franc dans une entreprise personnelle, ou qui n’ont jamais connu cette solitude qu’est d’être entrepreneur, qui plus est en Afrique, ne peuvent pas toujours comprendre ce risque que constitue le fait de vouloir braquer l'univers et réclamer sa place sous le soleil.

Toutefois, changer et évoluer, vivre ses rêves en se lançant en entrepreneuriat, porte certes des germes de sommets incroyables, mais aussi et surtout des possibilités de chutes inimaginables, en plus forte probabilité, qui figent parfois même les plus hardis.

Ceux qui n’ont jamais entrepris, mais aussi de plus en plus de "jeunes" entrepreneurs, croient généralement qu’après un an, deux ans voire cinq ans, une entreprise "doit" être déjà rentable et générer des millions d’euros. Pourtant il leur suffirait d’étudier l’histoire de certains échecs et grandes réussites d’entreprises pour comprendre que les choses sont un tout petit peu plus complexes que cela.

De plus en plus d’états, de programmes d'entrepreneuriat, d'experts... demandent aux jeunes entrepreneurs africains, de créer des Google, des Facebook, des Apple africains, mais "totalement" à l’image de leurs grands frères "adorés", sans tenir compte des réalités locales, et parfois même sans tenir compte de ce que ces mastodontes ont dû traverser. Que ce soit Google, Facebook, Apple et d’autres grandes startups, non seulement ne sont-elles devenues rentables que bien après des années – au minimum cinq ans – mais en plus elles ont eu à bénéficier de levée de fonds et d'outils de communication et marketing qui n’existent même pas encore dans plusieurs écosystèmes africains.

Or en Afrique, il est demandé aux jeunes entrepreneurs de réaliser les mêmes prouesses, connaître les mêmes croissances, parfois avec juste cinq milles dollars pour ceux qui sont vraiment chanceux.

Et la presse d’aujourd’hui en Afrique ne fait pas les choses simples. Il suffit qu’un jeune sorte un peu la tête du lot, ou qu’il bidouille un petit logiciel et tout le monde se met à publier partout que l’on a trouvé le futur Steve Jobs ou que l’égal de Amancio Ortega et de Jeff Bezos vient de voir le jour, en Afrique.

Comme l'a si bien dit un analyste :

"Nous avons beaucoup trop de ‘‘grands jeunes entrepreneurs’’ (auto proclamés donneurs de conseils, coach, etc.) qui ont des chiffres d’affaires annuels que nos mamans qui n’ont jamais connu d’incubation ni de formation à l’entreprenariat font parfois quotidiennement."

En réalité, à bien y réfléchir, nous ne cherchons tous qu’une seule chose, faire en sorte qu'au travers du potentiel que recèle l'entrepreneuriat, que les jeunes relèvent le défi que constitue aujourd’hui l’Afrique. En effet, tout le continent représente un énorme défi, ceci sur tous les plans, mais il faudrait commencer à leur dire la vérité. Il ne s'agit pas ici de décourager ceux qui veulent se lancer dans l'entrepreneuriat, mais juste leur faire comprendre que le défi à relever est si énorme que des ambitions branlantes, des feux de pailles ne suffiraient pas à déclencher un feu de brousse.

Changer les choses aujourd’hui, en Afrique, au travers de l'entrepreneuriat, constituera le plus grand braquage de toute l’histoire des derniers siècles.

Est-ce que ce sera une réussite globale, non pas quelques exceptions ? Je ne saurai le dire. Je suis juste certain d'une chose : l'une des solutions est l'entrepreuriat et il y aura des sacrifices, les pionniers y gagneront très peu, mais les années et générations à venir témoigneront de leurs efforts. J'y ai foi.

Au-delà de cette grande ambition, partagée de tous, le plus grand défi aujourd'hui serait de pouvoir enseigner la persévérance à toute une génération, le fait de demeurer en contact permanent avec cette ambition, afin de la voir se réaliser.

Urbain AMOUSSOU - Extrait de "Les Afropreneurs"

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